Seul le pays qui se trouve dans mon espoir est mon pays J'y rentre comme on rentre chez soi,sans passeport. Il est témoin de ma tristesse et de ma solitude. Il me couche et me couvre d'une pierre parfumée. En moi fleurissent les jardins,mes fleurs sont inventées,les rues de mon espoir.... Mais il n'y a pas de maisons,elles sont détruites au bord de l'enfance. Leurs habitants vagabondent dans les airs,à ma recherche. C'est pourquoi je souris quand mon soleil brille Un peu ou bien je pleure comme une menue pluie dans le noir. Il fut un temps où j'avais deux têtes. Il fut un tempsoù ces deux visages se couvraient d'une teinte amoureuse Et fondaient à l'horizon d'une rose. Même si je vais en arrière,il me semble que c'est en avant Dans la direction d'un haut portail. Là s'étendent des steppes.Y passent la nuit Les tonnerres éteints et les éclairs brisés. Marc Chagall (mis en poème par R.Char 1946)